Samedi 19 septembre 2026 à 19h30 au Théâtre de Poche – Entrée libre – Abbaye Saint-Brice 28000 Chartres
Rens. : 02 37 33 02 10 – theatre-en-pieces@wanadoo.fr
Une nouvelle saison
Après tant d’événements, après des saisons parfois bousculées, interrompues, réinventées, nous voici de nouveau réunis pour ouvrir une nouvelle saison. Une saison n’est jamais seulement une succession de spectacles, de dates et de rendez-vous. Elle raconte un désir. Une manière d’être au monde. Une façon de continuer à croire que le théâtre peut encore être un lieu où l’on se rassemble, où l’on écoute, où l’on regarde autrement celui ou celle qui est devant nous.
Depuis plus de trente-cinq ans, le Théâtre en Pièces poursuit cette aventure.
Nous l’avons construite ici, à Chartres, en Eure-et-Loir, avec des artistes, des techniciens, des spectateurs, des partenaires, avec toutes celles et ceux qui nous ont accompagnés, parfois depuis très longtemps.
Être présents dans la ville. Être présents aussi à l’extérieur, dans le département, dans la région, en France et au-delà.
Ici, là et ailleurs. Car une compagnie de théâtre doit avoir des racines, mais elle doit aussi pouvoir prendre le large.
Le théâtre est un navire. Il lui faut un port, un lieu où revenir, où travailler, où retrouver ceux qui l’attendent. Pour nous, ce lieu demeure le Théâtre de Poche.
Nous continuerons d’y créer, d’y chercher, d’y transmettre. Nous y accueillerons des artistes en résidence, nous leur donnerons du temps et un espace pour inventer. Nous vous inviterons à découvrir leurs recherches, leurs tentatives, leurs œuvres en devenir. Car accompagner un artiste, c’est aussi accepter de partager avec lui ce moment fragile où tout n’est pas encore achevé, où le spectacle cherche encore sa forme.
Mais un navire n’est pas fait pour demeurer au port.
Cette saison 2026/2027 sera donc aussi celle du mouvement. Nos créations continueront de voyager, de rencontrer d’autres territoires et d’autres publics. Et nous retrouverons Paris, à la Cartoucherie de Vincennes, au Théâtre de l’Épée de Bois, avec deux spectacles qui ont profondément marqué l’histoire de la compagnie : Hilda, de Marie NDiaye, et Richard III, d’après Carmelo Bene. Deux œuvres radicales, deux écritures qui interrogent le pouvoir, la domination, le désir, la violence des rapports humains. Deux spectacles que nous avons choisi de reprendre parce qu’une œuvre théâtrale ne disparaît pas lorsque les représentations s’arrêtent : elle demeure quelque part en nous, attendant parfois le moment de revenir.
Nous poursuivrons parallèlement l’aventure de L’Université de Rebibbia, d’après Goliarda Sapienza, projet porté par Mélanie Pichot. Une œuvre de liberté, de fraternité et de résistance, née d’une expérience de l’enfermement mais qui, paradoxalement, nous parle avec une force extraordinaire de ce que signifie être vivant parmi les autres.
D’autres spectacles continueront eux aussi leur chemin : Très-Bas, d’après Christian Bobin, après son aventure parisienne et son retour à Chartres ; Combat, autour de Jean Moulin ; et les différentes créations qui constituent aujourd’hui le répertoire du Théâtre en Pièces.
Nous continuerons également à aller là où, parfois, on n’attend pas le théâtre. Dans une église, un château, une cour, un jardin, un lieu patrimonial, un espace qui n’a pas été construit pour accueillir une représentation mais que le théâtre vient soudain habiter et transformer. Cette manière de faire appartient profondément à notre histoire. Parce que nous croyons que le théâtre ne doit pas seulement attendre le spectateur : il doit parfois aller à sa rencontre.
Et puis il y aura la transmission.
Les enfants, les adolescents, les adultes, les comédiens confirmés qui franchissent chaque semaine la porte du Théâtre de Poche pour chercher, apprendre, essayer, se tromper, recommencer. Non pour fabriquer à tout prix des acteurs, mais pour permettre à chacun de découvrir ce que signifie être présent, écouter l’autre, prendre la parole et trouver peu à peu sa propre liberté.
Tout cela compose une saison.
Des créations.
Des reprises.
Des résidences.
Des voyages.
Des rencontres.
Des transmissions.
Mais derrière ces mots, il y a surtout des femmes et des hommes.
Nous vivons une époque étrange. Les événements qui traversent notre monde nous montrent parfois notre humanitude sous le visage le plus sombre de nos contradictions et de nos aberrations. Les violences, les replis, les peurs pourraient nous conduire à ne plus croire en grand-chose. Et pourtant… Je continue à croire profondément en la beauté de l’âme humaine.
Je crois en cette capacité que nous avons encore de nous émerveiller, de nous émouvoir, de rire ensemble, d’être bouleversés par quelques mots prononcés dans la lumière d’un plateau. Je crois à cet instant très simple où un acteur regarde un spectateur et où, pendant quelques secondes, quelque chose circule entre eux qui n’appartient à personne. C’est peut-être cela que nous cherchons depuis toutes ces années. Créer des endroits où cette rencontre demeure possible. Alors continuons. Restons profondément ancrés dans notre territoire, mais souriants à une mer infinie.
Continuons à accueillir, à créer, à transmettre, à partir et à revenir. Continuons à faire du Théâtre de Poche un port d’attache et de nos spectacles des navires. Et puisque le théâtre nous autorise encore à croire à l’impossible : que nos rêves les plus fous, les plus nécessaires et même les plus futiles se réalisent !
Bienvenue dans cette nouvelle saison du Théâtre en Pièces.
Bienvenue chez vous. Et maintenant… larguons les amarres.